Asexualité et féminité

J’ai déjà abordé ce sujet dans l’article Asexuelle ? Tu es sûre ?, que je vous invite à lire si ce n’est déjà fait. Souvent, arborer des « signes extérieurs de féminité », comme une jolie robe qui nous met en valeur, ou du maquillage, est interprété comme un désir de plaire à autrui, à un homme dans mon cas. Ce sont d’ailleurs des conseils dont regorgent les magazines féminins, comment savoir se coiffer, se maquiller, s’habiller, choisir les accessoires adéquats, et même avoir les bonnes attitudes, le bon discours pour attirer le sexe opposé et plaire.

Faut-il être féminine pour être une femme ?

Déjà, je commencerai par dire qu’aucune femme ne devrait avoir à « être féminine » si elle ne le souhaite pas, il n’y a aucune obligation pour personne à conformer son apparence selon les souhaits d’autres personnes. Je regrette que le premier conseil donné à une femme qui déplore de ne pas trouver de compagnon de vie soit de paraître plus féminine, sous-entendu de s’habiller, de se maquiller ou de se coiffer selon des critères convenus. Sauf que si ça ne reflète pas qui elle est, et qu’elle ne se sent pas à l’aise, que dire de l’éventuelle relation sur le long terme, quand elle n’aura plus la volonté de se conformer ? Et puis, les qualités recherchées chez l’éventuel compagnon seront-elles présentes chez celui attiré par celle qu’elle aura paru être ? Mon avis est que si nous croyons qu’il existe quelqu’un qui nous correspond tant que nous aurons alors le désir de suivre le même chemin, alors nous n’avons pas besoin de paraître être qui nous ne sommes pas.

Une femme doit-elle être féminine pour prendre soin d’elle ?

Pire encore à mon avis, les injonctions à « prendre soin de soi ». Il ne s’agit pas de prendre soin de sa santé physique et de sa santé mentale comme pour tout un chacun, mais plutôt dans notre société de consommation, de ne pas trop manger pour ne surtout pas grossir, d’éviter le soleil et d’utiliser la bonne crème pour ne pas avoir de rides, de faire les bons exercices d’aérobic, de yoga ou de Pilates, d’utiliser la bonne crème amincissante pour avoir un corps bien ferme, sans ventre et sans cellulite… En résumé, « prendre soin de soi » revient pour une femme à s’efforcer de ressembler à l’adolescente qu’elle ne sera jamais plus.

Les exemples qu’on lui montre sont des mannequins, des actrices, femmes à part entière elles aussi, ce n’est pas là que le bât blesse. C’est plutôt que ces femmes qui sont supposées présenter l’idéal à atteindre ont un physique inatteignable pour la plupart. Et puis, pourquoi les prendre en exemple plus que d’autres ? En quoi se rapprocher de ces corps dits parfaits améliorera notre santé ? Nous rendront-ils plus épanouis, plus heureux ? Mon avis est que le corps parfait est celui qu’on a déjà, celui qui nous permet de vivre, d’apprendre et d’aimer. Tous ces diktats de la mode, de la féminité sont du vent, un écran de fumée bien commode pour nous vendre tout et n’importe quoi.

Une femme coquette cherche-t-elle à séduire ?

Mon avis est donc qu’une femme n’a pas d’obligation à être féminine, que ça relève de son choix personnel. Et si nous sommes des femmes et que nous avons envie de nous maquiller comme ça nous plaît pour aller au travail ou faire les courses, pourquoi l’interpréter de telle ou telle façon ? En quoi ne serait-il pas possible de se maquiller juste pour soi, parce qu’on trouve ça joli ? Disons-le sans ambages, une femme qui s’apprête pour aller dans un bar, au restaurant ou en discothèque ne cherche pas nécessairement à séduire. Et l’inverse est tout aussi vrai, une femme en jean et tee-shirt ne veut pas nécessairement dire qu’elle ne souhaite pas séduire et être séduite. Et si les pseudo-règles de la séduction en font autre chose, alors ces règles ne sont pas fiables, il est temps d’en changer. La seule règle en la matière, c’est le respect de l’autre et de ce qu’il exprime.

La féminité ne peut être une contrainte

Une autre expression qui m’exaspère, « apprendre à apprivoiser sa féminité ». Qu’est-ce que cela veut seulement dire ? Que la féminité serait quelque chose de sauvage à laquelle il faudrait s’habituer petit à petit, comme le renard du Petit prince ? Ou alors c’est dangereux, et il faudrait alors apprendre à l’utiliser à bon escient, comme un super-pouvoir ? Encore une fois, il s’agit d’un euphémisme pour dire apprendre à se conformer à une apparence dite féminine, à se contraindre et rentrer dans le rôle qui nous a été assigné depuis bien avant l’antiquité, celui de la personne qui doit plaire aux autres, en commençant par son apparence. Alors que personne ne devrait être obligé de faire quelque chose qui lui déplaît, et personne ne devrait être obligé de ne pas faire quelque chose qui lui plaît, à partir du moment où ce n’est pas contraire aux lois.

Moi et ma féminité

A ce point de votre lecture, je ne sais pas l’idée que vous vous faites de mon apparence. Et peut-être que ça vous est même égal ? Si c’est le cas, j’en serais extrêmement satisfaite. En effet, mon apparence, si elle a pris une part dans les différentes expériences que j’ai vécues, n’est que la partie émergée de l’iceberg de qui je suis. En tout cas, c’est ce que je me plais à penser. En même temps, c’est mon blog, et je l’ai aussi créé pour partager ce que je pense, et mon vécu. Alors voilà.

J’ai grandi comme beaucoup de petites filles, en pantalon à la maison, c’est tout de même plus pratique, en jupe à l’école, école privée oblige et en robe lors des « grandes occasions ». Collégienne, lycéenne puis étudiante, mon uniforme était comme tous les autres, le jean et le tee-shirt. Lorsque j’ai commencé à travailler, j’avais ce fantasme du tailleur-jupe qui me semblait le summum du vêtement professionnel, Ally Mc Beal et toutes les autres séries étant passées par là ! Bon, j’en suis un peu revenue, mais pas tout à fait non plus. Ces jours où j’ai besoin d’un coup de pouce pour me sentir plus confiante, je revêt mon costume de la parfaite business woman, et je vais de l’avant.

Suite à une période plus difficile de ma vie, j’ai cherché à soigner particulièrement mon apparence extérieure, à présenter l’image la plus soignée qui soit, pour dissimuler en quelque sorte la dévastation que je pouvais ressentir à l’intérieur. J’ai appris à me maquiller en regardant des vidéos sur Youtube et où trouver des vêtements plus seyants et flatteurs pour ma silhouette. Et j’ai découvert que j’aimais ça, que je trouvais ça amusant. Je suis dans ces moments-là ma propre poupée grandeur nature. Pour moi, c’est un jeu qui me permet de retrouver un peu mon âme d’enfant. Nous sommes loin de la séduction n’est-ce pas ?

Aujourd’hui, tout va beaucoup mieux dans ma vie, et la joie enfantine presque de me maquiller et de m’habiller m’est restée. On dit souvent de moi que je suis féminine et coquette. Est-ce que ça a changé depuis que j’ai accepté mon asexualité ? En rien, car je le fais, je l’ai toujours fait avant tout pour moi, sans me soucier de ce que les autres peuvent dire ou même penser. Et si je me fais aborder, je décline, et ça ne m’a pas encore posé de problème. Je suis très reconnaissante d’être à ce moment de ma vie où je peux être telle que je suis, femme et asexuelle, féminine et asexuelle, et le reste importe peu. Je me demande aussi comment ce chemin aurait été vécu si j’avais été un homme., comment il peut l’être aujourd’hui par un homme asexuel. Car aussi sûrement que la féminité est abusivement associée à un désir de séduction, la virilité l’est au pouvoir de conquête.

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