Témoignage diffusé sur France 2

Oui, oui ! Je ne suis pas la seule ! Bon, ce n’est pas un scoop, je le savais, je l’ai même écrit dans mon premier article. Mais en même temps, on en parle si peu que ça fait beaucoup de bien de voir quelqu’un témoigner de son expérience et participer à donner plus de visibilité à cette orientation. Je remercie une de mes très chères amies de m’avoir informée de cette diffusion.

Ça s’est donc passé le 23 avril 2019, sur France 2, dans l’émission de Faustine Bollaert, Ça commence aujourd’hui. Je n’ai pas regardé l’émission, parce qu’à cette heure-là, je suis au travail et non pas devant ma télé, parce que de toute façon, je ne regarde pas la télé que j’ai (mais je suis contente de payer la contribution à l’audiovisuel public parce que j’écoute beaucoup France Culture), et que de toute façon, j’étais en voyage à cette date. Autant de bonnes raisons pour lesquelles ce passage, si utile, est passé sous mon radar. Je n’ai d’ailleurs pas regardé toute l’émission, juste l’extrait que vers lequel je vous envoie ici.

La personne qui livre son témoignage est Laurie, elle a 22 ans, et vit à Bayonne. Elle est asexuelle et hétéro-romantique. Elle avait déjà témoigné dans une vidéo diffusée sur Youtube, mais une diffusion à la télévision nationale, c’est quand même autre chose. Je la trouve courageuse de venir ainsi se livrer sur un plateau de télévision, et je lui en suis reconnaissante aussi. Et à vrai dire, je l’envie. Beaucoup.

Déjà, parce que j’aurais aimé avoir eu son courage et sa lucidité à son âge. La lucidité pour admettre ce que je ressentais, accepter que c’était différent de ce que ressentaient les autres adolescents, mais que c’était réel, et que c’était normal, que ce n’était pas parce que quelque chose était cassé chez moi. Et pouvoir aussi mettre le mot aussi sur ce dont il s’agissait, l’absence d’attirance physique pour autrui, et sur mon orientation sexuelle, l’asexualité. J’aurais aimé qu’elle ait eu le temps de parler sur comment elle a su que l’asexualité existait, qu’elle n’était pas la seule personne à l’être, parce que à mon époque, c’était non seulement inconnu dans mon entourage, mais je n’avais accès à aucune ressource pour rechercher et poser des questions. (Oui, je suis vieille, je sais, le monde a complètement changé depuis.)

J’envie le courage dont elle fait preuve, pour venir à la télévision en parler, je l’ai déjà dit, mais aussi dans sa vie de tous les jours. Elle en a parlé à ses parents, à des amis proches. Je ne sais pas si à son âge j’aurais osé (en fait, oui, je sais, la réponse est non, parce que j’ose à peine le faire maintenant, beaucoup d’années après). Je veux dire que je me sentais si différente des autres filles de mon âge, même sans savoir où se trouvait cette différence, que je ne voulais pas en parler et faire exister cette différence en dehors de moi-même. C’était plus simple non pas de faire semblant d’être comme tout le monde, mais en tout cas de ne pas affirmer ma différence. Parce que même sans avoir un mot qui le dit, j’aurais pu dire que je n’étais pas intéressée par le sexe avec un garçon, ou avec une fille, que ça ne me disait rien en fait. Mais non, pendant des années, je me suis cachée des autres, et j’en suis même arrivée à me cacher de moi-même.

J’envie aussi sa confiance en elle et l’acceptation qu’elle a vis-à-vis d’elle-même. Elle est asexuelle, elle le sait, elle le dit, elle vit et ne se pose pas plus de questions. Enfin, c’est comme ça que je l’ai perçue. Quand je pense qu’il m’a fallu des années pour remarquer que j’étais différente des autres, encore quelques années pour me dire que non, ce n’était pas que ça arriverait plus tard, un bon paquet d’années pour me dire que ce n’était pas anormal, des années et une histoire amoureuse ratée pour l’accepter et encore une année pour en parler, et je commence tout juste à avoir le début de l’attitude et de la confiance qu’elle montre sur ce plateau de télévision. A 22 ans. Respect comme disent les jeunes (s’ils le disent toujours …). Et une très vive admiration.

Enfin, ce n’est pas réellement de l’envie, nos histoires étant tellement différentes, cependant, j’ai été très intéressée par ce qu’elle a partagé de ses expériences en terme de relations amoureuses. C’est une partie de son témoignage que je trouve très authentique, et aussi un peu douce-amère. Elle a pu trouver un homme qui a respecté les limites qu’elle mettait à leur relation, et vivre cet amour. Malheureusement, du peu qu’elle a dit, j’ai compris que ces limites ont aussi été la cause de la fin de cette relation. Voici de quoi nourrir mes réflexions sur la possibilité d’une relation durable quant on est une femme asexuelle qui ne veut pas avoir de relation sexuelle. En effet, je ne désespère pas d’aimer de nouveau un homme, et de pouvoir vivre cette histoire sans avoir à me nier comme j’ai pu me convaincre de le faire, sans avoir à accepter des relations sexuelles pour faire plaisir à l’autre. Est-ce possible ? Et pourquoi ça ne le serait-il pas ?

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