Le célibat, asexuelle ou non

La proportion de célibataires est-elle plus importante parmi les personnes asexuelles que dans la population des adultes en général ? C’est une question à laquelle je n’ai pas de réponse, la visibilité de l’asexualité étant si limitée que je n’ai trouvé aucune étude traitant ce sujet. Cependant, je me rappelle avoir lu que 50% des adultes à Paris sont célibataires. Parmi eux, combien subissent leur célibat et recherchent activement un partenaire stable, combien se réjouissent de leur célibat et multiplient les aventures, et combien sont tout simplement satisfaits de leur sort et ne cherchent pas à en changer ? Je fais partie de cette dernière catégorie. Si j’imagine qu’il est plus facile pour moi d’être célibataire en tant que femme asexuelle, certainement tous ceux qui vivent sereinement leur célibat ne sont pas asexuels ! Alors, comment vit-on son célibat aujourd’hui ?

Déjà, je tiens à dire que ma vision des choses est nécessairement biaisée parce que je suis une femme, que j’ai un travail et un salaire qui me permettent de bien vivre, que je vis dans une grande ville, Paris pour ne pas la nommer, et que je n’ai pas d’enfant. Mon expérience du célibat est donc bien différente de celle d’un homme, agriculteur, vivant dans une campagne isolée, divorcé avec un enfant par exemple. En même temps, je suis bien persuadée que la façon de vivre son célibat est plus une question de personnalité et de choix qu’une question de profession, de moyens ou de lieu de vie. A mon avis, le seul facteur extérieur qui change la donne est la question des enfants, du désir d’enfant non réalisé d’une part, et de la garde des enfants d’autre part.

Ce qui a le plus de valeur pour moi dans ma situation de célibataire, c’est que je suis à peu près totalement maître de mon temps. Bien sûr, comme je suis salariée, 35h par semaine, selon la durée hebdomadaire légale du travail, sont achetées par mon employeur. Je fais souvent plus que 35h, et je suis reconnaissante d’avoir un emploi qui me plaît et qui m’octroie suffisamment d’autonomie pour que je puisse décider de l’organisation de mon temps même au travail. C’est un réel luxe pour moi, que j’apprécie à sa juste valeur. J’ai en outre la chance de n’avoir qu’une grosse heure et demie de trajet au total par jour, dont une partie réalisée à pied ce qui m’aide à atteindre mon objectif quotidien d’exercice physique.

Mais au delà de ça, tout le reste du temps est mien pour décider seule de ce à quoi j’ai envie de le consacrer. Ne rien faire et me reposer, ou lire, apprendre de nouvelles choses, passer du temps avec mon chat, aller faire des courses pour me cuisiner mes repas, écrire pour ce blog ou autre, regarder des vidéos sur Youtube, prendre des cours de danse, passer du temps avec mes amies ou ma famille, ou m’intéresser à de nouveaux sujets de développement personnel ou de philosophie. Certes, il n’y a là rien de bien transcendant, je pourrais travailler sur un projet autrement plus impressionnant, ou consacrer du temps aux autres, par exemple en étant bénévole. Mais ce n’est pas le sujet ici, il est qu’être célibataire me permet de faire mes propres choix, et que j’aime ça.

Un autre avantage au célibat est la facilité avec laquelle je peux prendre mes décisions, quelles qu’elles soient. Que manger le soir, où aller pour les prochaines vacances, mais aussi déménager, dépenser mon argent, changer d’emploi … Toutes ces décisions qui généralement se prennent à deux lorsqu’on est en couple. Non seulement je prends la décision qui me convient dans le temps qui me convient, mais je choisis aussi comment je la mets en œuvre, et quels seront les critères qui feront que j’en suis satisfaite ou pas. Je n’ai pas été en couple bien longtemps, et nous pourrions même débattre du fait que j’aie été effectivement en couple ou non, mais je me rappelle défavorablement du processus de décision commun. Par exemple sur un sujet aussi simple que partir en vacances. Nous en avons discuté pendant des mois, puis la période se rapprochant, je lui ai proposé une option. Après une semaine de réflexion, et sans rien proposer d’autre, je me demande même s’il cherchait, il accepte. Moi, je suis ravie de partir, lui fait peser sur moi le fait qu’il aurait préféré faire autre chose. Moi, je suis très heureuse de mes vacances qui répondent à mes attentes, lui est insatisfait et choisit de me le reprocher. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, je n’ai vu aucun avantage à être deux à cette occasion. Vous me direz que dans un couple « qui marche », ça ne se passe pas comme ça. J’en conviens, mais à ce moment-là, parmi les couples que je connais, peu « marchent ».

Vous l’aurez compris, indépendance et autonomie sont des valeurs essentielles pour moi. C’est pourquoi je fais le choix conscient d’être célibataire, alors que toute la société est organisée pour les couples, ou à tout le moins les personnes qui vont par deux. Le niveau général des salaires d’un côté, et des dépenses contraintes de l’autre, font qu’avoir un logement, des loisirs, ou mettre de l’argent de côté est difficile avec un unique salaire. Le niveau des loyers à Paris est à cet égard indécent, et je comprends pourquoi une grande partie des foyers pauvres est composé de familles monoparentales. Au restaurant, on vous regarde de travers si vous prenez une table seule, les hôtels offrent des tarifs de chambre double par défaut. Les tarifs par personne, souvent alléchants, sont sous-entendus pour deux personnes, sauf à payer le supplément single, et là, c’est nettement moins alléchant. Et quand il ne s’agit pas d’un supplément single, alors c’est une réduction si vous achetez deux places ! Je ne connais pas le détail des algorithmes des assurances ou des banques, mais je les soupçonne fortement de majorer les primes ou les taux accordés aux personnes célibataires. Il n’y a pas à tergiverser, dans notre société, le célibataire est mal vu, il doit payer.

Et comment fait-on face à la solitude alors ? C’est en effet souvent la question qu’on me pose quand je dis que je suis satisfaite de mon célibat, si je ne souffre pas de la solitude. Déjà, différencier solitude et isolement. Je me retrouve souvent seule, je ne suis jamais isolée dans le sens où j’ai une vie sociale, des personnes à appeler, un filet de sécurité en cas de coup dur. Encore une fois, ma situation est bien différente de la personne âgée à qui le facteur passe rendre visite ou de la mère célibataire qui devrait confier son enfant à la voisine en cas d’hospitalisation. L’isolement des personnes vivant seules ou avec un enfant est un problème réel de société, et nous, en tant que société, devons l’adresser.

Mais concernant la solitude, la réponse est non, je ne me sens jamais seule car je ne me lasse jamais d’être en ma compagnie. Sincèrement ! Le soir quand je rentre chez moi après ma journée de travail, je suis heureuse d’ouvrir la porte et de me retrouver seule avec mon chat, au calme pour dîner, me divertir et me coucher toute seule dans mon grand lit, où je navigue avec délices. Il ne m’arrive jamais de regretter de devoir cuisiner pour moi seule, au contraire, je n’ai que mes goûts à prendre en compte, ou de ne pas avoir quelqu’un avec qui me disputer sur le choix du film, ou même avec qui échanger mes impressions sur celui qu’on aura regardé ensemble. En fait, je suis ici en train de broder sur tous les clichés des livres, de la littérature et des films sur les affres de la solitudes, parce qu’en réalité, je ne les ressens jamais.

Quand je dis que je choisis d’être célibataire, il arrive qu’on m’objecte des idées très romantiques comme avoir la possibilité d’échanger des idées, de faire des plans ensemble pour le futur, d’avoir quelqu’un pour regarder dans la même direction que soi … Déjà, je ne suis pas certaine que ce soit la réalité de beaucoup de couples qui me semblent plutôt vivre au jour le jour en espérant que l’amour ne soit pas détruit par la routine. J’exagère ? Certainement. Et si cet idéal devait m’être un jour accessible, si je devais rencontrer quelqu’un sur mon chemin pour partager sans imposer, construire sans frustration et regarder dans la même direction, je ne dirais pas non. Mais de façon réaliste, quand j’y réfléchis, je ne suis pas prête à faire beaucoup de compromis sur mon indépendance, mon autonomie, ma façon de vivre. … Enfin, j’imagine que j’ai un tempérament solitaire, et que ce qui m’est nécessaire au fond serait insupportable pour quelqu’un d’autre.

Je vous entends d’ici me dire qu’en fait, je suis juste trop égoïste, trop égocentrée pour vivre avec quelqu’un d’autre. Peut-être. Et alors ? Je serais dans tous les cas suffisamment lucide pour ne pas le faire subir à une autre personne. Parce que des personnes égoïstes en couple, j’en connais. Et à ma modeste échelle, donc sans que ça ne prouve quoi que ce soit, j’ai remarqué que c’était souvent des hommes. Et au-delà de ce constat, homme ou femme, on se met en couple avant tout pour soi-même, il s’agit de trouver quelqu’un qui nous aime, qui satisfasse nos besoins émotionnels, qui agisse de telle ou telle façon qui nous rendra heureux. Rien de bien altruiste dans tout ça. Ma conviction est qu’en matière de choix de vie, chacun, tous autant que nous sommes, nous faisons des choix égoïstes, et dans une certaine mesure, c’est normal étant donné que nous sommes la première personne concernée.

Difficile de faire de mon cas une généralité, et chaque jour qui passe me montre que je fais plutôt partie de l’extrême minorité. En même temps, ça doit quand même faire pas mal de personnes sachant que nous sommes des milliards d’humains. Donc la prochaine fois que vous croisez une personne célibataire, ne pensez pas savoir ce qu’elle vit, ne pensez pas qu’elle subit son célibat, qu’elle n’est pas heureuse de sa situation, ou simplement, que c’est quelqu’un de disponible pour se mettre en couple. C’est peut-être juste quelqu’un qui est heureux de sa vie et ne cherche pas à en changer.

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