Le sexisme est-il différent quand on est asexuel ?

J’ai écrit un précédent article concernant mes réflexions sur les rapports entre féminité et asexualité. L’article d’aujourd’hui est en quelque sorte son article compagnon, à propos de l’asexualité et du sexisme.

Sexisme, discrimination, préjudice

Déjà, mettons-nous d’accord sur ce qu’est le sexisme. Selon Wikipedia, le sexisme désigne l’ensemble des préjugés ou des discriminations basés sur le sexe ou par extension, sur le genre d’une personne. Le terme peut être utilisé soit pour les deux sexes soit pour les deux genres. Même si soyons sérieux, même si les discriminations touchent les hommes et les femmes, ce sont surtout les femmes qui aujourd’hui remettent en question le statu quo et militent pour la fin du sexisme.

Entendons-nous bien, la discrimination implique un préjudice pour la partie discriminée, le plus souvent les femmes donc. Un comportement gratuit, comme la galanterie à la française, n’est pas du sexisme car il ne cause pas de préjudice. En tout cas, c’est mon interprétation. En revanche, si un homme se montre « galant » envers une femme, et pense que cette dernière lui en est redevable, ça devient un problème, et c’est ce qui est dénoncé par les femmes qui en sont victimes. De même, dans le cadre d’une relation entre deux personnes, l’une et l’autre sont parfaitement en droit d’avoir des exigences, et à partir du moment où elles sont partagées et acceptées de part et d’autre, personne n’a rien à en redire. Le problème est que très souvent, ces exigences ne sont pas exprimées. Pourquoi ? J’ai trop peu d’expérience pour le dire, sinon que l’argent et le sexe font partie des tabous les plus ancrés dans notre société, et que de ce fait, il est considéré impoli d’en parler.

Le sexisme donc. Ce sont d’abord ces préjugés qui voudraient qu’une personne, en raison de ses ovaires ou de ses testicules, possède des traits de caractères, ou adopte des comportements, ou ait des goûts et des préférences réservés à son genre, ou à son sexe. Une femme devrait ainsi vouloir prendre soin d’elle, serait animée par le désir de s’occuper des autres, privilégierait sa vie de famille plutôt que sa carrière, ne comprendrait rien aux explications scientifiques ou techniques et choisirait de voir au cinéma les comédies romantiques plutôt que les films de super-héros. Cette mise en boîte pourrait être inoffensive sauf qu’au quotidien, les conséquences sont très réelles et préjudiciables. Ce sont des femmes qui ne peuvent pas obtenir de postes à responsabilité pour lesquels elles sont compétentes, ce sont des produits plus chers parce que vendus en majorité à des femmes, ce sont des hommes qui pensent de leur devoir d’expliquer des sujets à des femmes qui les maîtrisent mieux qu’eux, c’est du harcèlement banalisé sous couvert de drague inoffensive, et c’est une multitude de situations pires que ça.

Je ne parlerai pas plus de ce qu’est le sexisme, je pense que vous savez très bien ce que c’est. Et sinon, au cas où, il y a un test de détection très facile ; c’est de se poser la question : « Est-ce que je dirais ou agirais de la même façon si c’était une personne d’un sexe différent ? » Si la réponse est non, alors ce n’est pas du sexisme ordinaire. Si la réponse oui, peut-être qu’il est temps de se poser la question de la raison de la différence, et de savoir si cela porte préjudice ou non à la personne. Pour illustrer. Monsieur, penseriez-vous qu’un homme dans la trentaine prévoit d’avoir des enfants dans les deux prochaines années et que pour cette raison, vous ne pouvez le recruter ? Madame, vous moqueriez-vous d’une femme qui s’attendrit devant une scène touchante ?

L’influence de mon asexualité sur mon rapport aux hommes et aux femmes

Et quel est le rapport avec l’asexualité me demandez-vous ? Il est peut-être ténu, et peut-être que je m’imagine avoir une vision plus originale qu’elle ne l’est. Il me semble cependant que le fait que je ne ressente pas d’attirance sexuelle envers autrui, hommes ou femmes, m’amène à considérer les choses différemment de la majorité. Déjà, je ne pense pas que foncièrement, homme ou femme, pensions différemment. Nous cherchons tous à assurer notre survie en recherchant à maximiser les choses et les moments agréables en en minimisant les côtés désagréables. Pour reprendre la citation célèbre de Simone de Beauvoir, on ne naît pas femme, on le devient. J’ajouterai qu’il en va de même pour les hommes. La société nous apprend ce qu’il est acceptable de faire ou pas, et souvent, ces injonctions dépendent du sexe. Nous inculquons aux filles qu’elles doivent être sages, modestes, ne pas se faire remarquer, être souriantes, faire plaisir pour se faire aimer et qu’un jour, elles seront maman à leur tour par exemple. Alors que depuis toujours, certaines femmes ont fait preuve de la même ambition, du même appétit pour le pouvoir, de la même curiosité scientifique, du même talent artistique que les certains hommes pour ne citer que ces qualités considérées comme l’apanage des hommes.

Ma conviction est qu’il y a autant de variabilité de caractère entre les hommes et les femmes d’une part, qu’entre les femmes entre elles et les hommes entre eux d’autre part. Les femmes ne sont pas plus ci que ça que les hommes, les hommes ne pensent pas plus à ceci qu’à cela par rapport aux femmes. Et qu’en cela, nous sommes tous simplement humains. Je ne sais pas si cette conviction est liée à mon asexualité, mais j’ai remarqué qu’elle n’était pas très commune. Et c’est là que je mets un bémol néanmoins important, c’est que cet article ne concerne pas les comportements spécifiquement liés à la sexualité, ou qui lui sont liés. Oui, sauf exceptions, les prédateurs sexuels sont des hommes, et leur victimes sont en majorité des femmes. Je ne nie pas cette réalité, et ce n’est pas le sujet de cet article.

Pour moi, cette conviction qu’hommes et femmes sont pareils, c’est-à-dire tous différents entre eux, à deux conséquences principales.

Par rapport à moi tout d’abord. J’ai été élevée comme toutes les petites filles, je ne pense pas que mes parents, ma famille ou mon environnement n’aient jamais rien fait pour encourager le développement de tel ou tel aspect de ma personnalité en particulier. Et je n’ai jamais fait de différence entre les garçons, les autres filles et moi-même sur la base de nos sexes. Je n’ai jamais pensé que les filles étaient moins fortes en sport, je n’ai jamais pensé que les garçons étaient meilleurs en sciences, je ne me suis jamais limitée en me disant que parce que j’étais une fille, je ne pouvais exercer exactement le métier que je voulais. Je me rappelle qu’en maternelle, on a toujours dû m’expliquer qu’un garçon qui voulait faire de la danse classique, ce n’était pas « normal », ou qu’une petite fille ne pouvait pas avoir les mêmes jeux « violents » que les garçons (je savais bien que c’était du grand n’importe quoi pour rester polie).

Aujourd’hui encore, je sais que je suis une femme. Cependant, il ne me semble pas qu’aucune décision que je prends pour moi-même soit liée à mon sexe, ou aux attentes que la société pourrait avoir par rapport à mon sexe. Est-ce qu’on me traite différemment parce que je suis une femme ? Assurément, tous les jours. Est-ce que je me considère différemment parce que je suis une femme et pas un homme ? J’aime me dire que non, mais je dois admettre que cet avis est certainement biaisé, précisément parce que je suis une femme et que je ne peux pas savoir si je penserais différemment si j’étais un homme.

Vers une neutralité dans les rapports hommes-femmes ?

Par rapport aux autres ensuite. C’est assez difficile à expliquer, mais ne ressentant pas d’attirance sexuelle, le sexe ou le genre des autres personnes m’est indifférent en fait. Bien entendu, je me sens déjà suffisamment assez différente pour ne pas en plus agir en dehors des normes, je suis bien souvent contrainte d’agir « comme une femme ». Mais sinon, de moi-même, les autres êtres humains sont pour moi tous pareils, possesseurs d’ovaires ou de testicules, ils ont droit au même respect, à la même réaction en réponse à leurs actions. Par exemple, j’ai déjà eu l’occasion de travailler avec des hommes en majorité, et avec des femmes en majorité, j’ai eu des supérieurs hiérarchiques qui étaient des hommes, des supérieures hiérarchiques qui étaient des femmes, et pour moi, toutes ces situations étaient équivalentes, je n’ai vécu aucune différence, et je n’ai aucune préférence.

C’est normal, après tout, le lieu de travail doit être un lieu neutre, c’est même ce qui est recherché par la législation en vigueur. Et j’ai certainement beaucoup de chance que ce soit la réalité pour moi. Mais dans les autres situations de la vie, c’est aussi ainsi que je le vis. Je suis une femme, et mes relations étant neutres, les autres sont eux-mêmes neutres pour moi. Et c’est pour moi vers cette neutralité, cette indifférence que doivent tendre les revendications anti-sexistes. Il ne s’agit pas pour les femmes d’être l’égal des hommes et être considérées comme telles, mais plutôt que nous soyons tous des êtres humains égaux entre eux, indépendamment de notre sexe biologique, ou de notre genre.

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