Cet article est très personnel. Il s’adresse au moins autant à moi qu’à mes (rares) lecteurs, parce que je veux témoigner du chemin que j’ai parcouru, pour que, peut-être, il puisse aider ne serait-ce qu’une autre personne, qu’elle soit asexuelle peut-être, ou ait des difficultés avec son image d’elle-même. En tout cas, c’est tout ce que j’espère. En plus d’asexualité, je vais parler d’image de soi, d’image de son corps, de détestation de son corps et de régimes. Vous êtes avertis. Étant donné qu’il est assez long, je le posterai donc en deux fois.

Vous avez sans doute déjà lu ou entendu qu’un enfant prend conscience de son existence dans le regard de l’autre. J’ai été très heureuse plus jeune, j’avais une famille aimante, un environnement exceptionnel et tout ce dont j’avais besoin sans jamais avoir à m’inquiéter de l’avenir. Et vers huit ans je pense, j’ai su par le regard des autres que j’étais grosse. Dans les faits, quand je regarde les quelques photos de moi prises à l’époque, je ne l’étais pas. J’étais toujours la plus grande de ma classe, j’étais plus grosse que certaines de mes camarades très minces, et c’était suffisant pour me dire que j’étais grosse, avec tous les clichés négatifs que le terme a toujours véhiculé. C’est ça le regard des autres, vraie ou pas, l’information qu’il vous renvoie devient votre réalité.

J’ai donc grandi avec cette image de moi, celle d’une enfant grosse, puis d’une adolescente grosse, puis d’une femme grosse. Et bien sûr, notre société étant ce qu’elle est, comme j’étais grosse, mon obsession devait être de ne plus l’être, et de perdre du poids. C’est ainsi que j’ai adopté une nouvelle religion, celle des régimes. Je dis bien religion parce qu’il s’agissait d’un ensemble de croyances que je tenais pour vraies, alors que pour la plupart, elles étaient fausses ou partiellement vraies. Et aussi, une religion qui m’a été transmise par ma mère, certainement la personne qui a le plus insisté pour me faire comprendre que j’étais grosse, que ça m’empêcherait d’avoir une vie « normale », d’une part, mais surtout que je ne pourrais pas prétendre être aimée par quelqu’un qui ne me connaissait pas, un homme sous-entendu.

C’est dur d’écrire ça, et sur le moment, c’était très difficile à vivre parce qu’étant une toute jeune adolescente, j’étais convaincue que c’était vrai, que ma vie réelle ne pourrait commencer que quand j’aurais perdu du poids, que quelque part, ma valeur en tant qu’être humain était dépendante des chiffres qui s’affichaient quand je montais sur la balance. Je n’en veux pas à ma mère, ou du moins, je ne lui en veux plus. Après avoir traversé une (longue) période où je l’ai rendue responsable de mon mal-être, j’ai compris que la seule personne qui dirigeait ma vie d’adulte, c’était moi, et moi seule. J’ai aussi compris que nous avons tous nos expériences, et le ressentiment s’est transformé en compassion. Elle a eu à souffrir de son poids quand elle était jeune, en bonne française, elle a « fait attention » ou fait des régimes toute sa vie pour ne pas grossir, et je m’interroge encore aujourd’hui sur la relation qu’elle peut avoir avec la nourriture. Elle a fait de son mieux, elle l’a fait parce qu’elle pensait sincèrement que c’était pour mon bien.

Sauf qu’à me dire que j’étais grosse, et à apprendre quels aliments faisaient grossir, lesquels étaient bons, les autres mauvais, à me dire qu’il fallait faire preuve de volonté, que la minceur est un combat que seules les plus méritantes gagnent, j’ai mis le droit dans un engrenage connu sous le nom du yoyo. Ce qui a eu deux effets dévastateurs pour l’image que j’avais de moi-même. Le premier est que mon discours intérieur, la valeur que je m’accordais, tout dépendait quasi-exclusivement de mon poids du moment. Je prenais du poids et je n’étais bonne à rien et comme je ne méritais pas d’être heureuse, je ne l’étais pas. Je perdais du poids et j’étais la reine du monde ! Notez bien que tout ça n’existait que dans ma tête. Bien sûr, de régime en reprise de poids, et de nouveau régime et reprise de poids, j’ai fini par vraiment être en surpoids, et puis obèse. Mais étrangement, ça n’était pas le plus important, parce qu’étant donné que je pensais déjà être grosse, le devenir dans les faits n’a rien changé de la réalité telle que je la voyais déjà depuis des années.

Le deuxième effet est plus insidieux, il a émergé très tôt mais a mis des années à se renforcer au point où je ne pouvais plus l’ignorer : ma relation avec les aliments a contaminé tous les autres aspects de ma vie émotionnelle jusqu’à former un cercle vicieux et infernal. Au début, j’étais grosse et je me sentais mal dans ma peau, c’était la punition. Puis je mangeais « comme il fallait », je maigrissais, et je me sentais mieux dans ma peau, c’était la récompense. Sauf que, quand je mangeais de nouveau des aliments interdits, je culpabilisais, et je n’avais plus besoin d’attendre de maigrir ou de grossir pour ressentir la punition, ou de maigrir pour la récompense. Et bientôt, quand je me sentais mal, quelle qu’en soit la raison, la punition était déjà là, alors autant manger, car malgré tout, c’était un réconfort. Qui me faisait me sentir mal après et me détester de manquer de volonté, de ne pas être parfaite comme je l’aurais souhaité. Et quand j’étais épuisée d’être mal, j’avais « le déclic », je me reprenais en mains, je maigrissais, ma vie allait être géniale, enfin, à moi la récompense ! Sauf que, à ma part dans ma tête, rien ne changeait réellement autour de moi. J’étais toujours moi, même qualités, même défauts, j’avais les mêmes amies, le même boulot, le même appartement, les mêmes loisirs … Et je me sentais de nouveau mal.

J’arrive maintenant à le « conceptualiser » ainsi, mais à l’époque, j’en étais loin ! Je voyais la nourriture comme étant à la fois ma meilleure amie et ma pire ennemie, je lui accordais une importance démesurée, l’importance que je ne m’accordais pas à moi en quelque sorte. Et puis, j’en ai plus pu, à la fois physiquement, car que je me suis rendue compte que les régimes n’étaient pas une solution viable, et mentalement, car j’étais le plus souvent déprimée, avec quelques rares moment de répit. J’ai cherché une porte de sortie, et je l’ai trouvée grâce aux travaux du groupement de réflexion sur l’obésité et le surpoids (GROS). J’ai décidé de m’accepter telle que j’étais, grosse. J’ai décidé que je n’étais pas obligée de porter un jugement négatif sur moi-même parce que j’étais grosse. J’ai décidé d’aimer mon corps, tel qu’il était, non pas parce que quelqu’un d’extérieur le trouvait beau ou laid, mais parce que c’était le mien, tout simplement. J’ai décidé que je n’avais pas besoin d’être mince pour faire ce dont j’avais envie, et que je n’avais besoin de l’approbation de personne.

The end ? Non, bien sûr que non.

La suite est ici !

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