Les avantages de l’asexualité

Cette semaine, un article qui se veut plus léger, ouvertement ironique et quelque peu provocateur. Car il va bien de parler de l’asexualité en général, de la mienne en particulier et des impacts qu’elle a sur ma vie, un des objectifs de ce blog est tout de même de témoigner qu’avoir une vie riche et épanouie et être asexuelle sont tout à fait compatibles. Et que même, l’asexualité a des avantages qui contribuent à cette vie riche et épanouie.

Que de temps consacré à plaire à l’autre !

Le premier, j’en ai déjà parlé dans mon article sur le célibat, c’est le temps. Il y a bien sûr le temps lié au fait d’en disposer de façon unilatérale et de ne pas avoir à consulter une autre personne que soi-même avant de prendre une décision. C’est hautement appréciable. Mais il y a aussi tout le temps gagné à ne pas se demander si on plaît à la personne qui nous plaît. Et si non, comment attirer son attention. Et si oui, comment lui faire comprendre qu’elle nous plaît aussi. La culture hétérosexuelle est formelle, cette étape d’approche est primordiale et ne doit surtout pas être négligée. Elle peut aussi prendre du temps, beaucoup de temps. Et ne surtout pas demander simplement à la personne en question si elle est intéressée ! Abattre ainsi ses cartes en premier serait se mettre en situation de faiblesse. Non, il vaut mieux rester avec ses questions et monter les scénarios les plus improbables pour obtenir la réponse sans avoir à la demander.

Une fois cette première étape passée, il y a tout le temps consacré à faire des efforts pour correspondre aux attentes qu’on pense qu’elle aurait. Les femmes, sur les conseils avisés des magazines féminins et de leurs copines, feront par exemple les magasins pour trouver la tenue idéale qui le fera craquer, iront chez le coiffeur pour adopter la coiffure qui leur donnera l’air jeune et dynamique, suivront des tutoriels de maquillage pour paraître dix ans plus jeunes. Les hommes, eux, sur les conseils de leurs potes de sport, auront à cœur de montrer qu’ils sont forts et qu’on peut compter sur eux, par exemple en faisant de la gonflette en salle de gym, en achetant une grosse cylindrée censée refléter leur « statut social » et en choisissant un restaurant cher où le prix des plats est inversement proportionnel à la taille des portions. Ce qui n’est pas grave, la femme devant entretenir l’illusion qu’elle ne se nourrit que de l’air du temps ! Le monde est bien fait tout de même. Le temps perdu dans tous ces faux semblants sera largement compensé par le temps qui sera nécessaire à faire marche arrière et à apprendre à connaître l’autre au-delà de ces artifices.

Que de temps consacré aux sites de rencontres !

Et je ne parle pas même pas du temps consacré à trouver des candidats potentiels sur les sites de rencontre pour ceux qui y font appel ! Il s’agit de constituer sa propre annonce, prendre les photos qui vont en dire le plus tout en en montrant le moins. Puis de consulter les annonces, les trier en se constituant au fur et à mesure un véritable référentiel des critères indispensables, nécessaires, rédhibitoires, c’est mieux avec, ce serait mieux sans. Puis vient la prise de contact par messagerie, l’échange des numéros de téléphone, la première conversation téléphonique, et l’apothéose, la rencontre IRL, soit in real life, dans la vraie vie donc. Car oui, tout le temps passé avant, il n’était que virtuel ! A recommencer autant de fois que nécessaire, les plus efficaces sauront paralléliser les actions et jongler avec les pseudos et les numéros. Tout ça dans l’illusion savamment entretenue par ces marchands de rêve que sur le site, sur l’application, là, à portée de vos doigts, se trouve la personne idéale pour vous, celle qui vous cherche autant que vous la cherchez ! Pour l’avoir brièvement expérimenté moi-même, s’inscrire sur un site de rencontre prend autant de temps qu’un emploi à plein temps.

Tout ce temps à se consacrer à soi

Mais, me direz-vous, tout ça, c’est uniquement au début. Après tout va beaucoup mieux, on est plus relax, et on gagne même du temps, car à deux, c’est plus facile de tout gérer, on peut se répartir les tâches. Je dirais que oui, effectivement, être en couple permet parfois d’avoir plus de temps pour soi, à condition d’être un homme. Oui, je sais, c’est un cliché, et ça ne concerne pas tous les hommes. Sauf que, année après année, les statistiques sont formelles, la charge mentale de l’intendance du couple échoit aux femmes. Sans compter que toujours conseillées par ces mêmes amies et ces mêmes magazines, madame aura à cœur de maintenir vivante la flamme de la passion au sein de son couple afin d’éviter que ne s’installe le démon de la routine ! D’après une source proche, le temps dévolu à penser aux relations sexuelles passées ou à venir et à leur fréquence, satisfaisante ou non, et à leur durée, suffisante ou non (le dîner est-il inclus dans les préliminaires ?), n’est pas du tout neutre. Tout ça pour avoir à recommencer si ça ne dure pas !

Tout ça me fait parvenir à la conclusion qu’être hétérosexuel, en couple ou non, occupe la même quantité de temps qu’un hobby ou même une passion. Et je dois dire que ça correspond à peu près à ma propre expérience de la chose, si réduite et peu significative soit elle. Depuis que mon histoire s’est terminée, avec le temps de cerveau ainsi libéré, j’apprends des langues étrangères, j’ai créé ce blog, j’ai un projet d’écriture, et plein d’autres choses ! Tout ça grâce à mon asexualité !

L’asexualité ou comment se faire des amis sans ambiguïté

Mon asexualité a aussi transformé mes rapports avec les hommes, et avec les femmes. Avec les hommes, car je ne suis plus dans un rapport de séduction, je ne me demande plus ce qu’il peut bien penser de moi, si je lui plais ou non. Je peux enfin m’intéresser à la personne en face de moi, sans arrière-pensée. C’est libérateur ! Vous savez cette légende urbaine qui prétend qu’un homme et une femme ne peuvent pas être amis en raison d’une supposée tension sexuelle latente ? C’est la même qui déplore que les hommes « bien » soient trop souvent relégués dans la « friendzone » parce que les femmes préfèrent les hommes qui leur font du mal. Pour moi, rien de tel ! Tous les hommes sont potentiellement mes amis, sans absolument aucune ambiguïté de ma part. Sauf, vous savez, ceux qui entretiennent une ambiguïté pour leur part.

Avec les femmes aussi. Vous avez déjà eu une personne avec qui vous pensiez être amie jusqu’à ce que vous soyez en présence de son conjoint ? Si vous êtes vous-mêmes célibataire, il n’est pas rare que votre amie vous garde soudainement à distance, avec un message très clair, « chasse gardée, ne pas approcher ». Pour avoir moi-même connu plusieurs exemples autour de moi, il est vrai qu’un homme qui trompe sa conjointe ne va pas souvent pas chercher bien loin, et s’arrête souvent à l’entourage proche de celle-ci. Je ne sais cependant pas si la mise à distance de ses amies célibataires est une stratégie payante pour la conjointe … Toujours est-il que grâce à mon asexualité, les femmes en couple savent que je ne représente aucun danger ! Les rapports sont plus apaisés, plus cordiaux ainsi.

L’asexualité comme antidote à la normalité

Le dernier avantage dont j’ai également déjà eu l’occasion de parler, c’est une vision sur le monde débarrassée du carcan de la normalité. A vrai dire, c’est un mot que je bannis consciemment de mon vocabulaire. C’est même le signe qui m’alerte que je ne suis pas en train de penser selon mes valeurs. Quand je me surprends à me dire que quelque chose n’est pas normal, je m’interroge aussitôt sur mon raisonnement, sur les causes qui me font arriver à cette conclusion. Et souvent, la réponse est que quand je pense « ce n’est pas normal », je pense en fait, « c’est différent de moi, c’est différent de ce que je pense, c’est différent de ce que je fais ». C’est tout. Mon asexualité m’a ainsi permis d’échapper à la paresse intellectuelle entretenue par la notion de normalité.

Je vous entends me dire qu’en fait, ce n’est pas étonnant que je sois à la fois asexuelle et célibataire si ce dernier paragraphe est un exemple de la masturbation intellectuelle à laquelle je m’adonne. Peut-être bien. Mon grand avantage est qu’étant à la fois asexuelle et célibataire, j’ai tout le temps nécessaire pour le faire, et pour vivre exactement la vie que je choisis !

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