Asexualité et désir d’enfant

Avec l’adoption par le parlement des dispositions de la nouvelle loi bioéthique qui devrait notamment ouvrir la PMA (procréation médicale assistée) à toutes les femmes, cet article est dans l’actualité. En même temps, il me semble qu’au delà d’une revendication sur la visibilité de l’asexualité, j’apporte peu de réponses et beaucoup de questions à ce débat.

Je commence par affirmer qu’il n’existe pas de droit à l’enfant. Si pour des raisons diverses et variées, estimées justes ou injustes, une femme ou un homme qui désire un enfant ne peut pas en avoir, c’est à mon avis un fait de la vie, à ranger parmi tout ce qu’on subit sans l’avoir choisi. A mon sens, il n’appartient pas à la puissance publique, donc nous tous, de fournir à tout un chacun un moyen d’avoir un enfant, quand bien même des moyens existeraient, et que d’autres pays le permettraient. Je parle ici des grossesses provoquées chez des femmes ménopausées, ou de la gestation pour autrui contre paiement par exemple.

Ceci étant dit.

En un sens, je ne peux que me réjouir d’une loi qui donne plus de liberté aux femmes qui portent un projet de maternité. Les médias se focalisent beaucoup sur les couples de femmes, un peu sur les femmes célibataires. Et bien entendu, personne n’aborde le sujet des femmes célibataires et asexuelles, ou aromantiques. En quoi est-ce que cette question est particulière ? En effet, qu’une femme, en couple ou célibataire, et ayant un projet de parentalité soit asexuelle ou non ne devrait regarder qu’elle, et éventuellement son compagnon. C’est mal connaître le processus d’accès à la PMA.

Si la femme asexuelle est en couple, la question de la fertilité de l’un ou l’autre partenaire est posée. Et avec elle, celle des rapports sexuels et de leur fréquence. Il n’est, à ma connaissance, pas possible aujourd’hui d’avoir accès à la PMA en expliquant que l’une ou l’autre personne en couple est asexuelle, et que, à ce titre, la fréquence des rapports, existants ou non, n’a pas permis la conception d’un enfant. La solution serait-elle alors de mentir sur la réalité de la fréquence des rapports ? De se soumettre aux divers examens médicaux de recherche de cause d’infertilité chez l’un et l’autre membre du couple tout en taisant la cause réelle ?

Mais pourquoi demander d’avoir accès à la PMA quand on est un couple composé d’un homme et d’une femme en bonne santé, même si l’un ou l’autre est asexuel ? Ne suffit-il pas d’y « mettre du sien » et d’augmenter la fréquence des rapports pour aboutir à la conception ? Je ne doute pas que certaines personnes y sont arrivées, et y arrivent encore. Seulement, si je remplace asexualité par homosexualité dans la phrase, j’espère qu’à ce point du blog, vous comprenez la violence de cette réponse. Donner plus de visibilité à l’asexualité et prendre cette orientation en compte au même titre que l’hétérosexualité et l’homosexualité  permettrait aux couples dont l’un ou les deux membres sont asexuels d’avoir accès à la PMA sans avoir à mentir et à subir des examens médicaux inutiles.

Si la femme asexuelle est célibataire, avoir accès à la PMA, est-ce que ce sera aussi se soumettre à des questions intrusives sur sa vie sentimentale, sa vie sexuelle ? A des examens physiologiques de recherche en cause d’infertilité ? A ce jour, est-il seulement possible de répondre que le recours à la PMA est justifié par le fait qu’on est asexuel ou aromantique ? Sans compter la pression de la société sur le fait qu’on fait un enfant sans père, ou qu’il s’agira ensuite de trouver un père à l’enfant à naître. Là encore, le manque de visibilité de l’asexualité, et au-delà, de l’aromantisme, risque de pousser les femmes concernées à mentir et à se nier.

Parlons maintenant de l’autre partie nécessaire à la conception d’un enfant, le spermatozoïde. Il est notoire qu’en France, le délai d’attente pour bénéficier d’un don de sperme varie entre un et deux ans. Venir avec un donneur est un moyen de réduire ce délai, étant entendu que le donneur ainsi présenté ne sera pas celui qui sera utilisé pour la fécondation. D’ailleurs, en France, l’anonymat des donneurs interdit de formuler des préférences, la sélection se faisant sur des critères physiques de base (couleur de peau, des yeux, des cheveux) et génétiques. Les modifications récentes de la loi de bioéthique prennent-elles en compte ces difficultés et proposent-elles des solutions ? Car c’est mathématique, s’il y a plus de demande pour autant d’offre, les délais d’attente s’allongeront. Sans compter qu’une autre disposition de la loi, l’acceptation systématique de la possibilité de levée partielle de l’anonymat par le donneur, pourrait rendre encore plus rare le nombre des donneurs.

J’ai beaucoup parlé ici des femmes asexuelles, assez peu des hommes. Je suis cependant consciente qu’il est aussi possible pour des hommes de désirer avoir un enfant, qu’ils soient en couple ou non, quelle que soit leur orientation sexuelle. S’ils ne rentrent pas dans la case du couple hétérosexuel, pour eux, la seule solution offerte aujourd’hui est l’adoption, avec toutes les difficultés que l’on connait déjà, qui concernent tous les candidats à l’adoption, et d’autres spécifiques aussi. Or, une fois que la gestation pour autrui contre paiement a été évacuée (ce avec quoi je suis d’accord), pourquoi ne pas envisager la gestation pour autrui par amour ? Et ce pour tous les couples ? Si ma sœur, ou mon frère, veulent un enfant sans le pouvoir pour cause médicale, ou d’orientation sexuelle, ou autre, et moi-même étant en bonne santé, pourquoi ne pourrais-je le faire et lui offrir ce cadeau ? Pourquoi opposer ainsi le droit à l’anonymat et le choix du don ?

Je sais que la grossesse n’est pas un acte anodin dans la vie d’une femme, qu’elle ait prévu d’être effectivement la mère de l’enfant à naître ou non. Et que même avec toute l’assistance médicale disponible et tous les progrès scientifiques, la mortalité pendant la grossesse, pendant l’accouchement et suite à l’accouchement n’est pas nulle. Une grossesse implique des bouleversements physiques et psychiques, et comporte aussi des risques avérés pour la femme. C’est pour ça que je n’admets pas qu’on y mette un prix. En revanche, de la même façon que la loi française accepte depuis 2011 que l’on donne un rein de son vivant par amour, j’aurais pensé que la question de la gestion pour autrui puisse être posée dans ce cadre.

Pour terminer cet article, je dirais qu’il est naturel pour toute personne adulte de désirer un enfant, indépendamment de son orientation sexuelle, et de son état civil. Il est tout aussi naturel pour toute personne de ne pas désirer d’enfant, indépendamment de son orientation sexuelle, et de son état civil. C’est d’ailleurs mon cas. J’ai suivi avec attention les débats sur les avancées sociétales autour de la parentalité, et ce sont toujours des sujets pour lesquels il ne s’agit pas de trouver la bonne réponse, mais la meilleure possible, ou la moins pire possible, c’est selon le point de vue de chacun. J’aimerais qu’à l’occasion de ces débats, l’asexualité soit reconnue comme une orientation sexuelle à part entière, et qu’elle en fasse partie intégrante, car pas plus que les autres, les personnes asexuelles ne sont des personnes hétérosexuelles par défaut.

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2 commentaires

    1. Mon article se base sur l’expérience de ma sœur ayant elle aussi eu recours à la PMA, et sur celle de mon autre soeur, sage-femme. Je ne sais pas si à la PMA précisément il lui a été demandé à quelle fréquence elle et son mari avaient des rapports. En revanche, je sais que pendant tout son parcours d’accès à la PMA et notamment le parcours de recherche d’une cause d’infertilité chez l’un ou l’autre, la question lui a été posée par son gynécologue avant toute autre démarche. Je te remercie d’avoir lu mon article et d’avoir laissé un commentaire !

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