Vues asexuelles lit The brain that changes itself de Norman Doidge

Alors, sans vouloir paraître prétentieuse, j’ai effectivement lu ce livre en anglais, et j’ai eu la plus grande difficulté à trouver le titre de la traduction française, qui est Les étonnants pouvoirs de transformation de notre cerveau. Et donc, comme je n’ai aucune idée de la qualité de la traduction, certainement excellente, je préfère dire les choses telles qu’elles sont, et m’appuyer sur la version que j’ai lue.

Je n’avais jamais entendu parler de ce livre, et pourtant, j’ai toujours été très attirée par l’idée de la plasticité du cerveau, et le fait que cet organe possède des capacités non pas de régénération comme le foie, mais de compensation lorsque qu’il est atteint. C’est sans doute d’un orgueil sans nom, mais étant très satisfaite de ma personnalité et de mes capacités intellectuelles, l’idée de les perdre, et par là-même de me perdre, irrémédiablement fait partie de mes grandes angoisses. Est-ce que je suis rassurée après avoir lu ce livre ? Pas vraiment.

Mais quelque part, si quand même. Parce que s’il ne dit pas qu’il est possible de guérir après une lésion du cerveau, et j’entends par là de rétablir les fonctions perdues à un niveau comparable, il dit quand même qu’il est possible d’arriver à un niveau de récupération qui restaure la qualité de vie, et c’est bien là le plus important. Je ne serais alors sans doute plus celle que je suis maintenant, mais je serais quand même quelqu’un capable d’apprendre, d’imaginer de nouveaux projets et d’apprécier la vie.

L’idée centrale du livre est donc de changer la conception cartésienne et erronée du cerveau semblable à une machine, avec son calculateur et ses mémoires vives ou mortes. Il est exact que dans la plupart des cerveaux, les mêmes zones sont allouées à différentes fonctions qui nous permettent de traiter les informations transmises par nos sens, de pouvoir les conceptualiser, y réfléchir et de s’en rappeler pour plus tard, cela n’est cependant pas automatique ni définitif. Ainsi, si un enfant naît avec une moitié de cerveau par exemple, certaines fonctions qui auraient été développées dans la partie manquante peuvent être reprises par celle qui est présente (c’est un exemple du livre). Et si suite à un accident cérébral, la zone du cerveau qui permet la parole est morte, il est possible d’entraîner une autre zone et d’apprendre de nouveau à parler. De même pour les fonctions motrices, même si l’apprentissage nécessite un entraînement intensif.

Et cela fait écho à une réflexion que j’ai par ailleurs, celle qu’en tant qu’adulte, nous refusons souvent de fournir les efforts nécessaires pour apprendre quelque chose de nouveau et créer les nouveaux circuits neuronaux nécessaires. Nous avons oublié combien de temps et tous les efforts qu’il a fallu fournir pour apprendre à s’asseoir, à marcher, à prononcer quelques mots, à faire des phrases, à maîtriser nos fonctions corporelles et ainsi de suite. Nous réduisons souvent l’école à l’acquisition de connaissances, mais combien de temps pour que notre écriture se forme ? Combien de temps pour apprendre à maîtriser le raisonnement scientifique ou la dissertation ? Et pourtant, une fois adulte et les études terminées, nous négligeons d’entraîner ce « muscle » de l’apprentissage qui finit par s’atrophier. Or moins nous l’entraînons, plus il sera difficile de le remettre en fonction.

Or l’auteur le dit bien, s’il est possible au cerveau de se réorganiser, cela requiert des efforts conscients et concertés. Il faut d’abord souvent désapprendre quand les schémas selon lesquels nous opérons nous desservent. Et rien que ça, l’idée que désapprendre et apprendre doivent aller de pair quand il s’agit de changer un comportement, est pour moi révolutionnaire. Nous en avons l’intuition quand nous essayons de modifier une habitude : j’ai eu la plus grande peine à arrêter de me ronger les ongles. Pour moi, il s’agissait plus de prendre (d’apprendre) une nouvelle habitude, qui remplacerait l’ancienne. Sauf que l’auteur dit bien que les deux choses doivent être faites simultanément, désapprendre à se ronger les ongles, et apprendre à ne pas se ronger les ongles. Vous me direz que la différence est triviale, et vous aurez raison. C’est parce que l’exemple l’est.

Mais par exemple, imaginez que depuis votre enfance, vous avez appris à vous brosser les dents avec la main droite. Et que suite à un accident, votre main droite est immobilisée. Et bien, pour pouvoir utiliser votre main gauche efficacement, vous devrez désapprendre à utiliser votre main droite en même temps que vous apprendrez à utiliser votre main gauche. Et si l’immobilisation de la main droite est suffisamment longue, alors, une fois qu’elle sera de nouveau disponible, vous devrez réapprendre à l’utiliser. Car c’est une autre idée centrale du livre, le cerveau désapprend une bonne partie de ce dont il ne se sert plus, et recycle les zones libérées à apprendre autre chose.

C’est aussi pour ça qu’une fois qu’on est convaincu d’une idée, il est extrêmement difficile d’y renoncer, d’autant plus qu’elle est le socle d’autres idées. Par exemple, imaginez que vous ayez appris que la Terre était plate, et que le soleil lui tournait autour, et qu’il y avait des anges au ciel au paradis, et un purgatoire et l’enfer, et que si vous respectiez les commandements de l’autorité en place, alors, vous iriez au paradis où tout ne serait que bonheur et félicité. Dans ce cas, admettre que la Terre est ronde, comme ça remet en question votre paradis promis, même si par ailleurs des preuves tangibles existent, vous semble très difficile. L’exemple est de moi, n’en veuillez pas à l’auteur du livre. C’est cependant ce qu’il explique, et que j’observe tous les jours autour de moi, et chez moi-même.

Une autre thèse du livre est que durant notre enfance, il existe certaines périodes critiques pendant lesquelles nous sommes réceptifs à certains apprentissages. Après, il est sinon trop tard, mais les efforts à fournir sont supérieurs pour des résultats moindres. Par exemple, concernant l’acquisition du langage, notre cerveau apprend les sons jusqu’à environ 7 ans. Au-delà, il est toujours possible d’apprendre une nouvelle langue, mais comme la « banque » de sons disponibles a déjà été élaborée, alors nous parlons avec un accent. L’auteur utilise cette idée de période critique pour d’autres apprentissages, comme les modes d’attachement ou d’attirance, et sur ce point, je suis tout de même plus réservée. Mais pourquoi pas ? Ce que je choisis de retenir, c’est que même si c’est plus difficile, il reste possible d’apprendre tout au long de la vie.

Ce livre remet aussi en question la façon dont nous évaluons nos capacités intellectuelles et celles des autres. Trop souvent, un diagnostic de déficience, ou de retard d’apprentissage, dans l’enfance est une sentence que l’adulte va traîner toute sa vie. Mais dans quelle mesure ce déficit serait inné et fixe, ou alors inné mais modifiable, ou acquis et entretenu ? Je veux dire que notre système éducatif est construit pour la haute moyenne, et de ce fait, dysfonctionne dès lors que l’on s’en écarte. Or correctement repéré, diagnostiqué et accompagné, un enfant peut améliorer sa capacité d’apprentissage. Alors que si on lui répète sans cesse qu’il n’apprendra jamais rien, alors il y a des chances que ce soit le cas. Les exemples cités donnent de l’espoir, en même temps, malheureusement, ils peuvent aussi sembler encore expérimentaux et inaccessibles. L’auteur vit en Amérique du Nord et nous sommes en France. De plus, il renforce mon opinion que la normalité n’existe pas, et qu’elle est souvent un prétexte pour ne pas intégrer les différences. Nous sommes bien plus que notre biologie, car au-delà d’être qui nous sommes, nous avons la capacité de devenir qui nous voulons être. D’accord, dans une certaine mesure, je vous le concède.

En conclusion, j’ai beaucoup apprécié la lecture de cet ouvrage, assez facile à lire malgré le sujet plutôt scientifique qu’il aborde. En effet, l’auteur mêle habilement les thèses et résultats d’études avec les expériences et histoires particulières des chercheurs et des patients. A défaut de donner toutes les réponses, il donne un éclairage intéressant sur les capacités de notre cerveau, ses modes de fonctionnement, ses  limitations aussi. Et j’y ai aussi trouvé matière à réflexion dans ma vie quotidienne, sur mes habitudes de pensées et mes comportements automatiques. C’est le parfait complément à un autre sujet qui m’occupe beaucoup actuellement, le développement personnel. Enfin, s’il en était encore besoin, il me donne une motivation supplémentaire à poursuivre une de mes passions, apprendre. L’autre étant voyager comme vous le savez.

The brain that changes itself, Norman Doidge

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