Vues asexuelles en voyage à Venise

Vous avez certainement vu les photos impressionnantes de l’acqua alta de la semaine dernière à Venise. Quand j’en ai entendu parler, je ne me suis pas rendue compte du caractère exceptionnel du phénomène parce que quand on visite Venise, tous les guides expliquent que ça arrive quelques fois par an et que la ville est organisée pour : les services municipaux installent les plates-formes pour permettre de se déplacer, les habitants enfilent leurs bottes de pluie et puis, l’eau se retire. Par ailleurs, en visitant la basilique Saint-Marc, la guide disait que des travaux d’étanchéité avaient été réalisés afin que l’entrée ne soit plus inondée, et qu’ils étaient efficaces. Sauf que la semaine dernière, la marée était tellement importante que les plates-formes étaient elles-mêmes sous l’eau, et que l’entrée de Saint-Marc était de nouveau envahie par l’eau.

Savez-vous que la visite est gratuite ? Il faut avoir le courage de faire la queue, et ne pas avoir de sac à dos. A l’intérieur, une splendeur !

Il se trouve que j’ai eu la chance de visiter Venise plusieurs fois, chaque fois pour une journée. Déjà, je fais partie de ces touristes irresponsables (mais indispensables à l’économie de la ville) qui viennent avec les paquebots de croisière. Il se trouve qu’à l’époque, c’était vraiment très pratique de réserver une croisière au départ de Venise pour visiter la ville à moindres frais. Le train de nuit au départ de la gare de Bercy arrivait à la gare de Venise en début de matinée, un service (payant) se chargeait d’amener les bagages jusqu’au bateau, ce qui laissait toute la journée pour visiter les lieux les plus connus de la Sérénissime avant d’embarquer. En plus, pour gagner la mer, le port de Venise est situé de telle façon que le bateau (remorqué et moteurs à l’arrêt) remonte le canal de la Gianducca et offre ainsi une vue imprenable sur la place Saint-Marc, le Campanile, le pont des soupirs et l’ensemble de la ville, permettant de constater que la verticale n’y est pas une notion applicable. Pas un clocher qui ne soit droit ! A ma connaissance, c’est encore le cas, mais le projet existe de déplacer le port.

La scala Contarini del Bevolo, escalier en colimaçon extérieur du Palais. Il est maintenant possible de le visiter et d’accéder au Belvédère.

J’ai aussi eu l’occasion de visiter Venise hors d’une croisière. Et je dois reconnaître que sans tous les touristes descendus des bateaux, c’est plus facile d’avoir une opportunité de visiter les monuments les plus connus. Pas le Campanile nécessairement, celui-ci était toujours pris d’assaut et la queue m’a découragée. En revanche, aucune attente pour le Palais des Doges ! Qui vaut vraiment le coup. On comprend mieux en voyant la richesse des des décors dans les salles ouvertes au public ce que pouvait être la puissance de la République de Venise avant que Napoléon mette fin à un millénaire d’indépendance le 12 mai 1797. Et puis aussi, quel phare ce fut pour l’Europe sur le plan culturel une fois que le commerce des épices a décliné suite aux voyages vers le Nouveau monde (pour les européens, ceux qui y vivaient le trouvait quant à eux assez ancien …).

Un des plafonds du Palais des Doges, même pas le plus beau … Qu’est-ce que ça devait produire comme effet à l’époque ?

Avez-vous entendu parler du syndrome de Stendhal ? Il s’agit des effets psychosomatiques que l’exposition à une opulence d’œuvres d’art peut provoquer. Comme une surcharge des sens face à trop de beauté pour que le cerveau puisse l’assimiler. Et sans l’avoir exactement ressenti, heureusement pour moi, je dois dire que je me sentais épuisée mentalement en sortant du palais. Même la visite de la prison dans toute sa réalité crue n’avait pas dissipé cette impression. Heureusement, la ville en elle-même est très agréable pour déambuler au hasard et repérer une architecture particulière, des détails inhabituels et en général, la grande atmosphère de calme qui s’en dégage. C’est très certainement l’omniprésence de l’eau qui m’a influencée dans ce sentiment. D’ailleurs, attention, les canaux sont quasiment partout, ils remplacent les rues et il faut faire attention à trouver les ponts pour les traverser. Imaginez une ville où vous ne pouvez traverser que sur les passages piétons !

Dans certains quartiers moins fréquentés par les touristes, l’atmosphère de la ville est très différente, presque languissante. Une température élevée pour le printemps en était peut-être responsable. Et c’est là que j’ai remarqué qu’il y a très peu d’arbres dans la ville, pour s’asseoir à l’ombre et profiter du délicieux gelato que je venais d’acheter à un prix exorbitant par rapport à d’autres villes italiennes, même également très touristiques. Mais c’est Venise, alors j’ai pardonné et apprécié d’autant. En déambulant dans la ville, impossible de ne pas remarquer les ouvrages en verre présents dans toutes les vitrines. Avec les masques de carnaval. Si je ne me fais guère d’illusion quant à la provenance de la majorité de ces objets, j’ai eu l’occasion de visiter Murano et un atelier de souffleur de verre à côté de la place Saint-Marc, et je sais que cet artisanat reste vivant et participe à l’économie de la ville. Je ne sais pas pour vous, mais à chaque fois que je vois travailler la pâte de verre, je reste émerveillée du génie humain, de son ingéniosité et de sa dextérité qui réussit par la fusion à transformer du sable en un matériau aussi surprenant que le verre. Pour moi, ça tient du miracle !

Le pont du Rialto, vue du côté le moins photographié

J’ai quitté Venise, et je ne sais pas si j’aurai l’occasion d’y retourner. C’est le même effet à chaque fois, celui d’avoir eu l’occasion de vivre une journée arrachée au temps, ce temps qui fait son œuvre et qu’on voit à l’œuvre à Venise plus qu’ailleurs. La ville s’enfonce, les gros vaisseaux de retour d’Orient chargés de soieries et d’épices ne pourraient plus passer sous le Rialto comme à l’époque. Si je souhaite de tout cœur que les travaux pharaoniques du projet Mose produisent les effets attendus, je reste dubitative. Une ville construite en partie sur l’eau peut-elle résister à l’érosion inéluctable causée par l’eau ? Peut-être est-ce pour cette raison qu’un doge a un jour décidé que le symbole de la République de Venise serait le lion ailé de Saint-Marc.

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