Asexualité et plaisir

Comment s’est passé votre week-end ? Le mien a été bien tranquille, j’ai décidé de m’accorder deux jours sans obligation ou contrainte extérieure, et ça m’a fait du bien. Bien sûr, ça veut aussi dire que j’ai plus de choses à faire cette semaine ! Je ne parlerai pas du black Friday, quoique j’aie une opinion dessus, en relation avec la société de consommation et les paradis artificiels. Peut-être dans un prochain article. Mais revenons-en au sujet de cet article, l’asexualité et le plaisir. Tout un programme, non ?

En effet, il n’est pas rare que des personnes mal informées confondent asexualité, soit l’absence d’attirance physique pour les autres personnes, avec frigidité, qui, dans son sens courant, serait l’incapacité de ressentir du plaisir sexuel. Je parle ici au conditionnel, car je ne sais pas si ça existe vraiment, tout en restant réceptive à l’idée que certaines personnes soient dans cette situation. Mon doute vient du fait que premièrement, l’emploi du terme soit réservé aux femmes (un homme frigide ? Quelqu’un a-t-il déjà entendu ces mots ?) ce qui éveille toujours ma suspicion. Deuxièmement, qu’il émane souvent d’un jugement du ou de la partenaire, donc extérieur à la personne elle-même. Et troisièmement, qu’il soit souvent cantonné au fait de ne pas ressentir d’orgasme lors d’un rapport sexuel, ce qui est très réducteur par rapport à l’absence de plaisir d’origine sexuelle qui lui peut avoir de multiples expressions.

Disons-le sans attendre, une personne asexuelle peut parfaitement ressentir du plaisir lors d’actes sexuels, soit avec elle-même, soit avec d’autres personnes. Être asexuel, ce n’est pas ne pas ressentir du plaisir à être stimulé sexuellement, c’est ne pas désirer être stimulé sexuellement, ne pas en avoir envie tout simplement. Et bien sûr, à ce point, la question arrive d’elle-même. Mais comment peut-on ne pas désirer faire quelque chose si elle nous procure du plaisir ? Alors, c’est difficile de répondre à cette question quand on est soi-même asexuel, je ne pourrai faire que des analogies, forcément bancales, pour imaginer ce que le désir peut-être chez une personne non asexuelle et comment il s’articule avec le plaisir sexuel.

Déjà, ce n’est pas parce qu’elles sont hétérosexuelles, homosexuelles ou bisexuelles que les personnes ressentent de l’attirance physique pour toutes les autres personnes de leur sexe, du sexe opposé, des deux sexes. Certaines leur plaisent et les attirent, d’autres non. Et quand bien même si elles se retrouvaient dans une situation où correctement stimulées, elles pourraient ressentir du plaisir à avoir des relations sexuelles avec des personnes qui ne les attirent pas, elles ne le font pas, parce qu’elles n’en ont pas envie pour commencer. J’irais même plus loin. De mes lectures, l’attirance physique d’une personne pour une autre peut varier dans le temps. Il est possible qu’une fois, elle ait été présente, et que par suite, les relations sexuelles aient été une source de plaisir. Mais quand cette attirance s’estompe, alors l’envie des rapports sexuels s’éteint, quand bien même le potentiel de plaisir soit le même. En tout cas, c’est ce que je lisais à longueur de magazines féminins où il était question de susciter le plaisir pour faire renaître le désir.

Une autre analogie que je pourrais faire c’est de comparer le sexe avec autre chose. Prenons l’alcool par exemple, que je ne choisis pas par hasard. Il se trouve que je ne bois pas d’alcool, parce que je n’en ai pas le goût. Cependant, lors de mon unique relation sentimentale avec un homme, je voulais tellement lui plaire que je faisais ces deux choses pour lesquelles je n’éprouvais aucune envie pour moi-même, avoir des relations sexuelles et consommer de l’alcool. C’est ainsi que j’ai appris à ne plus être saturée par le goût de l’alcool en lui-même et à apprécier les autres goûts de la boisson, comme le vin, le rhum, ou autres cocktails bien sucrés, à reconnaître les différents parfums d’un bon vin et en général, à ressentir un certain plaisir gustatif à boire des boissons alcoolisées. Toutefois, est-ce que maintenant que la relation est terminée, je continue à boire de l’alcool ? Non, pas du tout, puisque je n’en ai pas le goût.

Au-delà de mon cas personnel, cet exemple n’est pas si anodin non plus. La personne asexuelle est soupçonnée non pas seulement de ne pas ressentir de plaisir sexuel, mais aussi de ne pas ressentir de plaisir tout court, d’être coincée, froide, de mauvaise société, d’ignorer ce que peut être la passion. Qui n’a pas entendu au moins une fois qu’il faut savoir se faire plaisir dans la vie ? Parce que moi, je l’entends souvent (il faut dire que la liste des choses que je fais différemment de mon entourage est longue). Alors qu’il me semble que l’être humain naît en sachant se faire plaisir (en tétant), et n’a de cesse de développer son cerveau précisément en recherchant les moyens de se faire plaisir, particulièrement en développant des passions pour ce qui lui apporte un maximum de satisfaction.

Donc pourquoi avoir recours à cette phrase qui vise à se justifier ? J’exècre autant le « Il faut savoir se faire plaisir dans la vie ! » que les « Je sais, je ne devrais pas, mais je n’arrive pas à résister ! ». A mon avis, cela participe à l’infantilisation de la société, où, adultes, nous continuons à nous soumettre à des injonctions extérieures comme nous étions obligés de nous soumettre aux injonctions de nos parents. Le pire, nous les intériorisons. Mais, alors, pourquoi ce conflit avec nous-mêmes que les publicitaires se plaisent à représenter par un ange et un démon chacun sur une épaule ? De mon point de vue, un adulte est justement quelqu’un qui a trouvé le chemin vers son bonheur, sait pourquoi il en est ainsi et quels plaisirs participent à ce bonheur. Et si parfois, comme moi le week-end dernier, il s’en écarte, c’est en pleine conscience de ses actions et de leurs conséquences.

Entendons-nous bien, je suis parfaitement heureuse pour vous d’avoir les sources de plaisir qui sont les vôtres ! L’impression d’avoir perdu tout désir et tout plaisir dans la vie est horrible à vivre, je le sais. En même temps, je suis parfaitement heureuse pour moi d’avoir mes propres sources de plaisir. Je nous souhaite à tous d’en profiter sans aucune culpabilité et aussi souvent que possible ! C’est juste qu’en tant que femme asexuelle, le désir et les relations sexuelles n’en font pas partie. Et oui, je vous rassure, c’est tout à fait normal !

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