Je dois avouer que je triche un peu voir complètement avec le titre de cet article. En effet, si je devais me cantonner à parler du rapport entre religion et asexualité, ce serait pour dire qu’il n’y en a aucun, et que je n’ai trouvé aucune religion qui fasse référence à l’asexualité. Et l’article serait bien court ! En effet, les religions ne veulent voir la sexualité que dans le cadre de la reproduction. Étant française de culture catholique, je parlerai surtout dans cet article des religions dites du livre, soient juive, chrétienne et musulmane.

De façon générale, les religions du livre consacrent le mariage entre un homme et une femme et condamnent tout acte sexuel qui a lieu hors de ce cadre, comme les relations hors mariage entre célibataires (taxées de fornication), les relations extra-conjugales (le fameux adultère), les relations homosexuelles et même la masturbation. Si l’islam permet à un homme d’avoir plusieurs femmes, et donc d’avoir des relations sexuelles avec plusieurs femmes en même temps, l’inverse n’est pas vrai. Pour toutes les religions, une femme ne peut avoir des relations sexuelles qu’avec un seul homme, son mari. Ainsi donc, la motivation pour avoir des relations sexuelles se réduit à vouloir faire des enfants. Voici l’humain sommé de renoncer à sa nature de primate qui lui permet de désirer agir sexuellement en dehors de tout désir de reproduction.

Déjà, je m’étonne un peu que des religions, dont le sujet principal demeure la spiritualité, fasse autant de cas de la sexualité, qui reste un acte très physique, matériel dans ce sens. Elles vont même jusqu’à pousser la porte de la chambre à coucher, puisqu’elles réprouvent certaines pratiques, comme la sodomie par exemple. L’explication avancée est que torah, bible et coran sont autant des livres spirituels que des livres de loi, réglant aussi bien la vie quotidienne des communautés de l’époque que leur vie spirituelle. Je veux bien, en même temps, je trouverais aussi bizarre que le code civil ou le code pénal s’immisce ainsi dans la vie intime des individus.

Je vous entends me répondre qu’il s’agit surtout d’assurer la filiation, de façon à ce qu’un père soit certain qu’il a bien engendré l’enfant qu’il éduque. Il me semble en avoir parlé, cette vision de la parentalité est pour moi tronquée et doit être dépassée. Être père ou mère relève avant tout d’un choix et de la relation que l’humain a avec l’enfant qu’il décide d’éduquer, tout est dans l’intention plutôt que la biologie. Et d’ailleurs, si les différentes religions admettaient que ces mentions étaient conjoncturelles, c’est-à-dire que le texte religieux visait à suppléer l’absence d’un autre texte venant organiser la vie collective, elles aboliraient les articles en question. C’est loin d’être le cas, au contraire, elles cherchent par tous les moyens à influencer les législateurs pour continuer à imposer leur morale dans nos sociétés.

Ceci étant dit, de façon générale, les religions ont tendance à considérer le sexe et la sexualité comme quelque chose d’impur, comme un mal nécessaire à la reproduction donc tout juste toléré. Je veux bien noter ici l’exception de l’hindouisme et de son fameux kamasutra. Mais justement, c’est une exception. Dans la religion catholique, la luxure fait partie des sept péchés capitaux, le désir sexuel et le sexe étant considérés comme faisant partie des bas instincts des individus, que ceux-ci doivent s’efforcer de combattre. Sauf s’ils sont dûment mariés, vous l’aurez compris. Nous avons donc une dichotomie où les hommes et les femmes sont encouragés à se marier et à se reproduire, mais condamnés s’ils éprouvent des désirs sexuels ou agissent en dehors du cadre imposé. Rien d’étonnant à ce que le sexe et la sexualité soit à la fois devenu omniprésent et tabou dans nos sociétés.

Parmi les religions du livre, le célibat du clergé catholique est aussi une exception, motivé avant tout par des questions pécuniaires à l’époque où il est décidé. Les autres religions chrétiennes, les religions juive et musulmane ne l’imposent pas, voire le découragent. D’ailleurs, on parle beaucoup du célibat des prêtres, moins du célibat des frères et des sœurs vivant en communautés religieuses. Pourtant, n’est-ce pas consacrer sa vie à Dieu dans tous les cas ? Et on parle ici de célibat, qui entraîne de fait l’abstinence, c’est-à-dire le refus conscient de laisser libre court à ses désirs sexuels.

Tel que je vois les choses, il s’agit de renoncer aux désirs et plaisirs sexuels en échange d’une relation exclusive avec Dieu, ou d’un éveil spirituel privilégié. Ceci passe aussi par un renoncement à d’autres valeurs matérielles comme la richesse. Je m’interroge de nouveau sur la nécessité de ces renoncements et sur la justesse de l’échange absence de pratique sexuelle contre épanouissement spirituel, il me semblerait que les deux ne sont pas exclusifs, étant sans rapport l’un avec l’autre.

En ce qui me concerne, j’ai abandonné toute pratique religieuse organisée il y a un peu moins de dix ans, et j’ai développé ma vie spirituelle sans religion depuis. L’acceptation de mon asexualité il y a deux ans n’a eu aucun impact sur ma recherche de sens, et j’aime à penser que si j’étais hétérosexuelle ou homosexuelle, ma quête spirituelle serait la même. Et non, les personnes asexuelles ne sont pas les candidats idéaux pour la vie religieuse, c’est juste absurde de le penser. Je le précise parce que la question de savoir si étant asexuelle, je ne voulais pas devenir « bonne sœur » m’a déjà été posée, et ce n’était pas pour rire.

Je ne pense pas en effet qu’il y ait un lien intrinsèque entre sexualité et spiritualité, et je n’accorde aucune valeur de bien ou de mal aux différentes pratiques sexuelles, dès lors qu’elles se déroulent entre adultes consentants. A mon humble avis, les différentes prescriptions religieuses en la matière ont bien plus à voir avec une volonté de contrôler les individus, y compris dans leurs pensées et leurs comportements les plus intimes, qu’avec une envie de guider leur développement spirituel. Ainsi, j’exècre toute tentative venant de n’importe quelle religion d’imposer sa vision étriquée aux sociétés. Pas dans ma chambre à coucher.

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2 commentaires

  1. La religion est pour moi une raison de séparer les gens et de les catégoriser et l’excuse parfaite pour mener des guerres et ce depuis des siècles. C’est un concept que j’abhorre de plus en plus. Je suis plus partisan de la spiritualité individuelle qu’à l’appartenance à une secte. Quant au fait que la religion s’immisce dans nos vies sexuelles est pour moi une aberration. J’ai le droit de coucher avec qui je veux et quand je veux, c’est mon corps, qui d’autre que moi a le droit de le juger. Et si je décide de ne pas l’utiliser par manque d’envie ou de désir, alors soit. Je suis fier de toi même si je ne te connais pas. Bonne continuation =).

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