L’asexualité : Mais pourquoi une étiquette de plus ?

C’est vrai, quoi ! Tout un article pour expliquer que l’asexualité, c’est simplement l’absence d’attirance sexuelle envers autrui, alors pourquoi vouloir en faire une identité sexuelle, avec sa propre étiquette ? Après tout, pourquoi vouloir un mot pour la nommer ?

Déjà, et pourquoi pas ? On forme tous les jours des mots nouveaux pour désigner les choses, il me paraît normal que l’asexualité en fasse partie. Quelqu’un sait ce qu’est un facancier, une facancière ? Ce mot est rentré dans le Petit Larousse en 2019.

J’admets volontiers que le mot, asexualité, donne intrinsèquement une idée fausse de la définition qu’on en propose. En faisant précéder au mot de sexualité le préfixe privatif « a », le mot fait étymologiquement fait référence à une absence de sexualité. Ce qui, comme nous l’avons abordé dans l’article précédent, n’est pas la réalité de certaines personnes qui se reconnaissent pourtant dans l’asexualité. Cependant, le glissement de la sexualité vers l’attirance avait déjà été opéré dans les mots hétérosexuel, homosexuel et bisexuel, alors pourquoi briser l’uniformité de la litanie ?

En dehors de ces considérations autour du mot, il existe des raisons plus essentielles à se revendiquer d’une telle étiquette. Nous, êtres humains, percevons souvent le monde qui nous entoure de façon duale. Ainsi, on a un mot pour la lumière, et un mot pour l’absence de lumière, l’ombre. Et même si on sait qu’il existe une zone grise, pas tout à fait dans la lumière, mais qui n’est pas l’ombre non plus, il est plus facile de dire l’ombre et la lumière, c’est plus clair. L’attirance sexuelle est si naturelle à la grande majorité de la population, qu’elle fait parfois de la sexualité un besoin physiologique au même titre que boire et manger, car indispensable à la pérennité de l’espèce, n’est-ce pas ? Dans ce cas, comment imaginer qu’il pourrait exister une dualité, un opposé au fait de ressentir une attirance sexuelle, si on ne met pas un mot dessus ?

Apparemment, personne en dehors des concernés n’y a pensé. Une rapide recherche sur internet m’apprend que le mot asexualité, lorsqu’il existe dans les dictionnaires, est dans de nombreux cas mal défini. Et il n’existe tout simplement pas dans le Petit Larousse, qui me propose des suggestions proposées par le correcteur … Oui, en cherchant asexualité, je ne peux qu’avoir commis une erreur.

Mon avis est que nommer les choses permet de leur conférer une existence tangible. Avoir un mot pour le dire, c’est magique, car la personne en face de vous peut se faire une représentation de ce dont vous parlez. Si je vous parle d’une chaise, vous formez une représentation mentale de l’objet, si je vous parle de joie, vous connaissez cette émotion, vous l’avez ressentie et on vous a appris qu’il y avait un mot pour la dire, sans avoir à la décrire à chaque fois. C’est ce que je veux pour l’asexualité, qu’une personne puisse dire à une autre qu’elle croise dans un bar qu’elle est asexuelle, et que ça ne devienne pas le sujet de conversation pour les vingt minutes suivantes.

Parce qu’il y a l’ensemble des clichés et préjugés auxquels doit faire face la personne asexuelle qui le dit à quelqu’un d’autre, parce que c’est tellement incongru pour la personne en face, et qu’on n’a pas toujours envie de faire de la pédagogie. Et avoir un mot, dans le dictionnaire, qui dit ce que c’est, et permet d’en déduire ce que ce n’est pas, comme je l’ai fait dans l’article précédent, c’est un moyen de communication primordial. Quelque part, cela légitime le fait qu’il est normal de ne pas ressentir d’attirance sexuelle pour autrui.

Mais l’étiquette n’enferme-t-elle pas ? Oui, il est possible que certaines personnes, qu’ils  fassent partie de cette zone grise dont je parlais plus haut ou non, la refuse, parce qu’elle ne leur correspond pas. Et puis, rêvons d’un monde où l’asexualité comme identité sexuelle se sera normalisée, il est aussi possible qu’on essaie de mettre dans la case de l’asexualité des personnes qui ne le vivent pas ainsi. C’est le revers de la médaille.

Mais quelle médaille ! Ne plus être un sujet de discussion parce qu’on n’a pas de partenaire sexuel, intégrer l’asexualité dans les cours d’éducation sexuelle, pouvoir cocher la case dans les sites de rencontres pour ceux qui le désirent, avoir accès à une littérature ou à des films où les héros ne finissent pas systématiquement dans un lit … Et le plus important, pouvoir exister pour qui nous sommes, sans avoir à nous justifier.

J’espère que cet article vous a été utile, n’hésitez pas à laisser des commentaires !

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